Bon voyage 🙏💚⛵

Pour écouter l’article :

Si les hurlements du Loup à la Lune sont d’une beauté touchante, à mes oreilles, ce cycle lunaire-ci, son cri aura la triste tonalité d’une longue plainte… 

Mon amie, Laurence, a quitté ce monde en début de cette sauvage, et ainsi parfois cruelle, Lune du Loup.

Laurence était la co-fondatrice de notre studio virtuel Yoga en Live. Elle avait été aussi l’invitée d’un podcast dans lequel elle exprimait son amour du yoga. 💚🕉

Nous avions commencé par échanger régulièrement par mail alors qu’elle réfléchissait à se lancer dans une formation professorale de yoga. Nous discutions de la façon de concilier la transmission de cette discipline avec la vie familiale, une autre carrière professionnelle…  et aussi la maladie… 

Un premier mail, reçu au tout début de l’été 2018. Puis nos échanges se sont faits plus intimes : tantôt profonds, tantôt légers. J’ai aimé suivre son parcours au tout début de son enseignement. Je me souviens de sa joie lorsqu’elle a obtenu sa certification un an plus tard. 🎓😊

Elle affirmait ainsi sur son site : 

Obtenir la certification de professeure de yoga a été pour moi un acte de résilience face à la maladie.

Sa décision de reprendre son travail en septembre suivant dans un mi temps, ferme et définitif, me faisait réfléchir sur ma propre situation et mes propres envies. Son courage m’inspirait. Nous parlions du soulagement qui s’en ait suivit et aussi des peurs de se lancer… que je connaissais (et encore à ce jour) que trop bien.

Mais pour Laurence,  ce n’est pas la peur qui freinait. Lors de l’été qui a suivi, elle a préparé sa rentrée avec la création de son entreprise, Bulle de yoga. ✨🧘‍♀🧘

Elle proposait 2 cours dans son village et déjà 15 inscrits ! Les choses se mettaient en place peu à peu. Ses élèves étaient conquis par son savoir et son yoga “unique, empreint de douceur, de poésie et de créativité, qui s’adapte au pratiquant, qui évolue constamment…” 

Sa cabane de yoga commençait à être sollicitée par ses amis. Elle lui permettait d’accueillir des proches qui ont besoin d’un moment de détente, des personnes stressées, une jeune à la veille du bac, …

Quant à moi, à la fois, je me retrouvais dans son parcours ; et puis, son dynamisme et sa motivation me faisaient rêver. 

Elle parlait de l’enseignement du yoga comme d’un support pour permettre de se dévoiler devant son entourage comme elle n’avait jamais osé le faire. 

Ça résonnait en moi. Peu à peu, je me livrais de plus en plus et m’affirmais dans cette voie. Je m’ouvrais aux autres d’une façon que je n’aurais jamais osé évoquer, il y a quelques années.

Je me rendais compte que, petit à petit, le yoga m’aidait à former un tout cohérent : corps, esprit, âme et aussi par rapport à la façon dont je me présentais au monde.

Tout s’alignait. 💫

Quelques années plus tard, c’est encore elle aussi qui m’a inspirée à suivre ses rêves lorsqu’elle a fait le choix courageux et affirmé de prendre une disponibilité là où elle travaillait pour se consacrer à ses passions : le yoga et l’art textile. Elle me disait qu’elle avait compris la liberté qu’elle avait de poser un nouveau regard sur le monde, plus en accord avec ses valeurs et sa philosophie de vie.

Elle s’était faite coachée par Nathalie pour se lancer avec une belle réussite dans la transmission du yoga.

Avant de publier son site internet, elle m’a demandé de le relire avant de le mettre en ligne. Une proposition a retenu mon regard : celle de donner des cours par Skype.

J’avais en tête de proposer des cours de yoga en ligne depuis quelques temps. J’avais fait quelques essais pour mettre en place tout cela, essayé des plugins de réservations en ligne, des logiciels de call-conf… Je me souviens même avoir été contente de faire la découverte de Zoom ! C’était avant le Covid, quand nous ne passions pas la moitié de nos journées en visio sur Zoom ou Teams.

Mais j’étais fatiguée de faire les choses toute seule… Un jour, juste avant de lancer “les Yogastrologues” – le nom que je m’étais imaginée donner à mes cours de yoga – Alors je lui ai posé la question dans un mail : 

Une question plus personnelle, tu me réponds seulement si tu le souhaites : tu fais les séances par Skype ?

Suite à ta réflexion, je me suis lancée pour les cours interactifs en ligne, mais je ne propose pas de séance en ligne. Mais ça pourrait peut-être être une suite aussi ? (ou même cela aurait dû être un début, à vrai dire !). Tu as déjà mené une telle séance ?

Elle m’a répondu qu’elle n’avait pas eu l’occasion d’en donner mais souhaitait en proposer car elle avait tellement aimé cette formule pour elle. Elle continuait d’ailleurs de suivre des cours sous cette forme. Cela lui permettait de pratiquer lorsqu’elle n’était pas en forme et n’avait pas envie de sortir.

Une phrase qui m’a marquée et que, lorsque nous avons créé notre studio, était dans notre esprit : 

“Cet accompagnement a été mon phare dans la tempête…”

Alors, je lui ai demandé si on pouvait joindre nos énergies. Et puis, Catherine a accepté de nous suivre !

Nous nous lancions dans l’aventure de créer un studio virtuel de yoga toutes les trois. Notre studio virtuel a, ironiquement, ouvert ses portes le 09 mars 2020. 🎉 Juste une semaine avant le premier confinement… Et que tout notre monde devienne digital.   

Qu’est ce que nous avons travaillé avant les premiers mois de lancement et toute l’année qui a suivie !🤓💻🧘‍♀

Nous nous retrouvions, une tisane à la main, tous les vendredis soirs. Nos rencontres virtuelles se sont ensuite espacées, mais il ne se passait généralement pas plus d’une semaine sans que nous échangions, d’une façon ou d’une autre. Nous partagions nos idées, nous nous répartissions les tâches..

Ces vendredis soirs resteront gravés dans mon cœur et ma mémoire. Les soirs de beau temps, elle s’installait dans sa cabane. On entendait les oiseaux chanter. Plus tard, ce fut dans son atelier de création. Derrière elle, les murs étaient décorés de jolies broderies.

On papotait bien toutes les trois. Catherine était dans sa salle de bien-être, moi, le pc portable sur le comptoir du bar de la cuisine. Déjà en pyjama et je tombais de fatigue à peine 10 heures sonnaient.. On avait tant à se dire ! Les idées fusaient. 🤔👍🤩

 

Elle s’est naturellement retrouvée à être notre super attachée de presse. Elle s’exprimait de façon à la fois douce, directe… et efficace !

Elle nous a même décroché un joli article dans Esprit yoga et un contrat avec une entreprise pour des cours de yoga au bureau.  C’est elle qui programmait nos posts sur les réseaux sociaux, rédigeait bien des textes de notre newsletter, démarchait des journalistes pour tenter de nous faire connaître….

 

Nous apprenions ensemble. Nous nous amusions ensemble. Comme par exemple pour notre défi grand écart dont elle avait eu l’idée !

Côté yoga, c’est elle qui m’a fait découvrir la puissance des mudras. Elle parlait avec tant de révérence de Stéphanie Rougié, sa professeure. On sentait son enthousiasme dès qu’elle s’apprêtait à suivre ses cours de yoga en ligne avec Stéphanie.

Elle poursuivait sans cesse ses apprentissages dans la voie du yoga : vers les Mantras, la connaissance du Sanskrit…

Laurence était aussi avide de lecture 📚🔖. Son passé de bibliothécaire lui a permis d’exercer ses talents de conteuse. Elle écrivait de très belles histoires pour les familles qu’elle guidait dans ses séances de yoga. Comme une évidence que l’enseignement du yoga aux enfants passât par l’imaginaire et le conte. 📖🧙‍♂🧚‍♀

Elle animait des cours de yoga parents/enfants à la MJC puis dans une école maternelle. Ses séances étaient des moments propices à une évasion dans la tradition du yoga, tout en câlins et bienveillance.

Une invitation à une séance de yoga en famille créée par Laurence

Je l’ai rencontrée une seule fois, lorsqu’elle est venue à la maison, en août 2020. Elle était venue avec sa fille. Nous avons passé une très très belle journée.

Lors de notre promenade après le déjeuner, près de la maison, elle me parlait de ses projets : exposer ses créations textiles, expérimenter avec les teintures végétales, animer des ateliers zéro déchet, et puis sa marque “Les Ptites Landaises” qu’elle était sur le point de lancer… 

Que je regrette de n’avoir pas pu la revoir…

Alors, en cette Lune du Loup, la meute est endeuillée…

Tout semble pourtant si irréaliste… Il y a quelques semaines, elle étais si radieuse et si enthousiaste à l’idée de travailler ensemble sur la nouvelle version de notre calendrier de l’Avent…

Ces amitiés – virtuelles ou à distance – donnent parfois l’illusion que rien n’a encore changé.  L’absence est sans doute moins présente. Parfois j’ai l’impression qu’il suffit que je la mette en copie d’un des mails que nous échangeons avec Catherine et qu’elle va rebondir : toujours sur son ton joyeux, pour nous envoyer quelques nouvelles de son quotidien, pour nous conseiller sur la gestion d’une situation, pour nous proposer une nouvelle idée…📧😭 Et puis, la réalité revient…

Avec Catherine, nous avons décidé de fermer les portes de Yoga en Live.

Cela nous a semblé être la décision la plus juste pour nous sentir alignées avec l’esprit que nous avons voulu donner à ce studio à sa création. Nous étions trois pour ce projet à sa naissance. Sans un de ces pétales, la fleur de notre logo que nous nous étions choisi a fané. Les propositions de cours en ligne de yoga fleurissent un peu partout, et l’énergie que nous avons à disposition pour arroser notre studio s’est tarit…  

Même si l’amitié et la présence de Catherine me sont, ô combien, précieuses ; sans un de ces piliers, notre structure s’effondre…

Il me reste tout de même une envie encore plus grande de chérir ses amitiés précieuses. Leur faire plus de place. Les vivre plus pleinement.

Il est rare et précieux de rencontrer des personnes qui partagent à ce point vos rêves. Ces personnes qui osent suivre leurs aspirations, tout en gardant les pieds sur terre et comprennent vos peurs et vos doutes. 

De Laurence, je  garderai tendrement des souvenirs et des valeurs qui me guideront dans les moments de doute et de peine : un courage à toute épreuve, une maman aimante et attentionnée (il me revient un poétique rituel de Lune Rose où sa fille et elle, avaient participé, lovées toutes les deux dans un plaid), une pratiquante authentique et dédiée de yoga, de la douceur, de la bienveillance, de la générosité… et surtout, surtout : un formidable amour de la vie.💚💚💚

 

Une autre étoile

 

Aussi à la toute fin d’année, j’ai lu via une publication sur les réseaux qu’une autre personne qui a compté dans mes inspirations de yogini s’en est allée. Une formidable femme avec qui j’ai suivi ma formation professorale de yoga à Chotika, l’école de Florent Leboucher, affiliée à la Fédération Française des Ecoles de Yoga.

Elle aussi, avait suivi ses rêves, lorsqu’en 2015, elle a créé son école de yoga en plein coeur de Toulouse : “Mouna Yoga”.

Je garde dans le cœur l’image d’une personne bienveillante, passionnée, intelligente, attentive… 

Je suis infiniment reconnaissante à Stéphanie de m’avoir appelée pour me raconter son passage dans l’au-delà. Ses mots ont appaisé la nouvelle brutale de son décès. Elle m’a apprit les circonstances de son départ. Un moment préparé, serein, accompagné de chants et dans l’amour de ses proches. 🙏

Lors de notre conversation avec Stéphanie, nous avons évoqué les apprentissages l’importance de savourer la vie au quotidien, de dire aux gens qu’on les aime lorsqu’ils sont là pour entendre nos mots, de savourer la vie dans ces instants les plus triviaux… même lorsqu’on est coincé en plein embouteillage ou qu’on vient de rater son métro…

Le grand Après

Pendant ces vacances de Noël, nous avons regardé avec les enfants le dessin animé de Pixar : Soul.🎹✨

J’ai trouvé ce dessin animé magnifique.  En voici, le synopsis : 

Passionné de jazz et professeur de musique dans un collège, Joe Gardner a enfin l’opportunité de réaliser son rêve : jouer dans le meilleur club de jazz de New York. Mais un malencontreux faux pas le précipite dans le « Grand Avant » – un endroit fantastique où les nouvelles âmes acquièrent leur personnalité, leur caractère et leur spécificité avant d’être envoyées sur Terre. Bien décidé à retrouver sa vie, Joe fait équipe avec 22, une âme espiègle et pleine d’esprit, qui n’a jamais saisi l’intérêt de vivre une vie humaine. 

Tout au long du film, il va tenter de montrer à 22 comment la vie humaine est délicieuse avec ses instants exceptionnels… Pour se rendre compte, qu’au bout du compte, c’est le banal qui fait le merveilleux.

Avec cette leçon apprise : « J’apprécierai maintenant chaque instant de ma vie »

Il est cruel de comprendre, seulement une fois que le temps a refroidi les saveurs banales du quotidien, que nos tisanes du vendredi soirs partagées virtuellement toutes les trois, avaient la saveur délicieuse d’une amitié profonde.    

A la suite de notre séance ciné à la maison, les enfants nous demandaient : “La souris existe vraiment ? Elle est méchante ?”

Pour eux, la souris, c’est Terry, le comptable. Il travaille dans l’au-delà et a pour mission de compter le nombre d’âmes qui vont dans le Grand Après.🧐🧮✍️

On leur a répondu qu’elle faisait juste son travail…

Hier soir, nous avons regardé “Là-haut”. Encore un très beau Pixar. La mort et sa représentation en toile de fond. Avec Ellie, la femme décédée de Carl Fredricksen, en la mémoire de qui, cet octogénaire s’envolera vers l’Amérique du Sud dans sa maison portée par des ballons gonflés à l’hélium.

Une réflexion délicate sur le deuil, la mort et ceux qu’elle laisse, la continuité de la vie malgré l’absence des êtres aimés…

Les enfants ont aimé regardé le film. Cependant, cela a engendré d nombreuses questions sur la mort. A tel point que Maxence ne voulait pas dormir sans nous. Il a passé la nuit dans notre lit. 

 

Curieuse synchronicité, je venais de tomber sur un des carnets destinés aux parents de Pomme d’Api dans lequel ils conseillaient sur la façon de parler de la mort aux enfants. Il était suggéré de faire la comparaison avec les cycles de la vie : l’arbre qui perd ses feuilles en hiver… la lune qui se voile à la fin de sa course…

Bon voyage

 

Ces jours passés ont été voilés de tristesse. Peu à peu, la brume se dissipe pour laisser voir deux nouvelles étoiles dans le ciel nocturne. 

Belles et lumineuses. Leurs lumières m’invitent à savourer la vie dans ses instants les plus simples, à noter l’importance de dire aux gens à quel point ils nous inspirent et comptent pour nous.  

Lors d’une rencontre avec le cercle, D’Elfe avait parlé de la mort comme d’un voyage en voilier. Cette image m’a confortée.

Voici le poème de William Blake qui illustre cette image :

Le voilier a quitté notre regard. Laurence adorait les phares. Elle aimait les visiter ou s’y réfugier mentalement. J’aime à l’imaginer, voguant vers l’un d’entre eux. Peut-être s’accordant une escale de temps en temps. De là, elle pourrait nous observer, nous envoyer des signaux lumineux.

Tant de questions restent sans réponse… Nous envisagions de faire une retraite ensemble, de publier des histoires autour du yoga dans un collectif, de monter une formation pour yoga pour ado…

Peut-être est-ce aussi cela, la vie ? 

De continuer le chemin, malgré les ronces qui lacèrent nos mollets, avoir la tête levée et profiter des moments où la voie est dégagée.

Et essayer de trouver les réponses dans le silence…

ou peut-être dans les bruissements des herbes, dans un clin d’oeil scintillant d’une étoile dans le ciel, dans le sourire de la Lune.

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