Pour écouter l’article :

Après une longue pause, plus ou moins volontaire, j’ai décidé de reprendre les cours de yoga “en présentiel”.

Cela fait presque deux ans que je n’ai plus donné de cours dans une salle.

Au début, cela me convenait plutôt bien : pas de salle à chercher, pas de transport à faire, pas de matériel à trimballer…

Et puis, ce fut des mois plutôt studieux. J’ai été bien occupée avec l’écriture de Tapis Volants. A la maison aussi : du jardinage, des travaux de rénovation… Associé à une période en entreprise assez dense, avec souvent des horaires à rallonges, où je rentrais plus fatiguée de ma journée, avec pas forcément l’envie de sortir à nouveau.

Tapis Volants s’est envolé. Je me suis bien replongée dans l’écriture. Quelques nouvelles en brouillon. Des mots déjà couchés, emportés à la va-vite dans le fleuve de l’écriture, encore  sûrement à réaligner dans leur lit de chapîtres.

Mais l’inspiration se nourrit aussi de la vraie vie. Et derrière l’ordinateur, même s’il y a peut-être beaucoup de personnes dans ma tête, les rencontres sont tout de même limitées.

Surtout, depuis quelques temps, j’ai envie de retrouver l’ambiance d’une salle de yoga : le bruit des chuchotements avant les cours, les discussions qui s’éternisent sur le parking, les sourires des élèves, leur rires, leurs soupirs, leur respiration, leur ronflement parfois !

Toutes ces petites choses qui, mine de rien, sont difficiles à reproduire en ligne. Ou, du moins, pas avec la même netteté ou intensité.

Quand nous avons été confinés, j’ai fait du télétravail. Avec au départ, une frénésie de réunions.  Des calls par Teams qui s’enchainaient sans aucune pause entre elles. Pas même l’excuse de marcher un peu en changeant de salle de réunion. 

Il y avait un côté qui me plaisait : le temps gagné à ne pas prendre la voiture, à pouvoir aller promener la chienne le midi, à lancer une lessive quand il y avait un petit creux, à ne pas devoir porter de masque…

Et puis, ce 100% télétravail est devenu plus pesant. La séparation entre le travail et la maison devenait de plus en plus floue. Je réouvrais souvent mon pc pro après le repas du soir pour vérifier si je n’avais pas reçu d’emails importants. Les réunions sans se voir où il est impossible de décoder les messages du corps devenaient plus fastidieuses. Des maux de dos à rester plus souvent assise qu’à l’accoutumée se faisaient sentir…

Je saturais de ces heures à interagir uniquement derrière un pc. 

Alors, quand le monde a commencé à rouvrir, l’envie de proposer un cours de yoga dans une salle s’est faite plus pressante. 

Dans un monde de plus en plus digital, ça fait du bien un peu de concret. Des gens à toucher, des choses à saisir, des odeurs à renifler…

J’ai envie de bouger à nouveau dans la salle sans me demander si je reste visible sur la caméra. 

J’ai envie de rester silencieuse en faisant confiance à la présence de mon corps pour meubler l’espace. 

J’ai envie de ne pas douter de la qualité du réseau internet quand la qualité de l’énergie circulant entre les élèves est si fluide.

Et puis aussi, peut-être pour retrouver la légitimité d’une prof de yoga. 

Cet été, j’ai aussi rencontré Nadège. Nadège est prof de yoga dans les environs de Pau. Nous avons été marcher ensemble au lac et son sourire était rayonnant quand elle parlait des lieux dans lesquels elle donnait cours. 

En parlant du fait que je donnais cours uniquement en ligne, je me suis sentie moins « investie ».

Peut-être parce que ce n’est pas la façon traditionnelle dont a été transmis le yoga.

Peut-être parce que c’est la voie de la facilité que j’avais choisie.

Je  suis aussi quelqu’un de très introvertie. Derrière un écran, j’avais l’impression de pouvoir cacher ma maladresse et ma timidité. 

Mais ce pouvoir ne marche sans doute qu’un temps. Tout cela ressort, tôt ou tard, dans d’autres circonstances. 

Je me suis sans doute un peu trop renfermée, j’ai  choisi un peu trop rapidement la facilité.

Même en ligne, j’ai restreint mon horizon : j’ai quitté Facebook et Instagram.

Comme on rechausse ses chaussures, j’ai envie de repartir dans la mêlée. 

Ou plutôt de les enlever et de revenir sur les tatamis.

Peut-être un peu rouillée, le souffle court, une drôle de peur dans le ventre.

Mais un sourire aux lèvres et le cœur joyeux.


Yoga des villes, yoga des champs

Donner uniquement des cours en ligne m’a convenu un certain moment. J’ai même pensé à ne faire vraiment uniquement que cela. 

Je retrouvais certaines de mes élèves de Limendous et je rencontrais de chouettes personnes à l’autre bout de la France et dans d’autres pays.

Nous avons lancé notre studio de yoga en ligne le 09 mars. La France était confinée le 17 mars.

Par la force des choses, tous les cours de yoga n’avaient d’autre choix que de passer par écran interposé. 

C’est difficile à dire quelles répercussions cela a eu sur notre activité. 

D’un côté, nous étions prêtes : notre abonnement Zoom bien configuré, les premiers essais passés, le système de réservation bien rôdé.

De l’autre, notre offre s’est un peu perdue dans la masse. Et quand de nombreux studios proposaient des cours gratuits, les nôtres ne l’étaient pas. Nous nous étions fixées sur des tarifs que nous jugions justes par rapport aux prix des cours de yoga que nous pouvions trouver dans les environs. En ligne ou non. 

Quasiment, du jour au lendemain, des cours de yoga en ligne, en live sur Facebook ou Insta, ont fleuri. C’était chouette de voir cet élan de la part des profs de yoga pour rester en lien avec leurs élèves… Mais pour nous, la concurrence était forcément plus difficile.

Les cours de yoga en ligne sont maintenant entrés dans les mœurs. Ils sont généralement payants.  

Il est possible en quelques clics d’avoir accès à tous les styles de yoga, dispensés par des professeurs renommés. 

Même lorsque l’on habite dans un coin reculé, si tant est que l’on ait un accès correct à internet.

Et ça c’est quand même chouette !

Depuis mon podcast avec Ombeline, j’ai envie de me lancer dans des cours de yoga kundalini. Mais, ce n’est pas forcément facile d’en trouver dans ma région, du coup, j’envisage de m’inscrire à des cours en ligne. 

Je suis donc contente et fière de, moi aussi, donner des cours en ligne. D’ailleurs, alors que j’étais en train de préparer cet article, je viens de recevoir un email d’une élève de Yoga en Live me demandant si je reprenais les cours en ligne cette année.

Car, j’ai fait des rencontres formidables ! Avec des élèves pasionnés et passionnants, motivés et bienveillants.

Pourtant, il me manquait quelque chose…

D’abord, parce que le “en ligne”, ce n’est pas forcément pour tout le monde. 

Tout comme certaines personnes ne retrouveront jamais le plaisir de lire s’ils ne sentent les pages d’un roman sous leur doigt, des yogis ne se retrouveront pas dans une pratique où ils ne peuvent partager la même salle que leur professeur.

C’est peut-être une question d’habitude… ou pas.

De mon côté, je ne lis que quasi-exclusivement sur ma kindle…  

Et puis, il y a bien sûr le côté humain. 

Les discussions de début et de fin de séances n’ont pas la même fluidité. Ce n’est pas aussi facile de papoter avec son voisin d’écran qu’avec son voisin de tapis. Les sujets de conversation sont moins nombreux : tous ces bavardages de voisinage de la vie d’un village n’ont pas vraiment de sens. 

Car c’est aussi l’envie de proposer un cours de yoga dans un tout petit village, de 350 personnes qui me motive. Pour prouver que ce n’est pas la peine de faire des kilomètres pour trouver un cours de yoga. 

Que le yoga a énormément de bienfaits et qu’il peut être à la portée de tous. 

Un peu comme tous les villages ont leur club de foot, ça serait chouette que tous les clochers aient leur salle de yoga.

Tout simplement. Pour se retrouver, se détendre, respirer ou méditer ensemble.

Parce que le monde d’aujourd’hui est de plus en plus stressant. Même dans les campagnes.

Le yoga est si efficace pour faire face à ce stress.

Des synchronicités étonnantes

Et puis, il y a des chemins dans lesquels on s’engage sans même qu’on s’en rende vraiment compte.

Ces petites coïncidences, ces signes ou ces synchronicités qui font qu’on se dit que la vie est vraiment magique !

J’avais envie de reprendre les cours de yoga. Mais – j’en parlais dans une récente newsletter – je ne trouvais pas de salle… Auparavant, je donnais des cours dans le village où j’habite dans l’ancien presbytère. C’était une salle biscornue, mal isolée, poussiéreuse, partagée avec les cours de catéchisme le mercredi matin, donc il fallait prévoir d’arriver un bon moment en avance pour pousser les tables sur le côté… et allumer les radiateurs grille-pains si c’était l’hiver.  

J’ai ensuite donné cours pendant une année chez moi : c’était très sympa mais un peu petit dès qu’il y avait plus de 3 élèves…

Aussi, en entreprise, pour le moment, ce n’est pas vraiment au programme… C’est dommage, on venait de rénover la salle juste avant le covid…

J’avais bien contacté quelques mairies de deux ou trois villages : pas de réponse ou bien des refus : une association proposait déjà du pilates. 

Et puis, au tout début septembre, ma fille et mon fils sont allés à leur premier entraînement de foot. Pendant que les enfants jouaient sur le terrain, je discutais avec la maman d’un copain de Maxence. Nous parlions d’un peu de tout : de la rentrée récente, des enfants, .. et puis le sujet est venu sur les activités sportives que nous pratiquions.

Je lui disais que je faisais du yoga et que je l’enseignais aussi. Mon interlocutrice m’a répondu qu’elle faisait du yoga depuis une dizaines d’années, qu’elle envisageait même de faire une formation de professeure de yoga, mais avec le Covid, cela a dû être repoussé. Elle me racontait aussi qu’elle n’allait plus pouvoir pratiquer à l’association sur Pau car elle changeait de mission dans son entreprise et que, pour des raisons pratiques, cela allait devenir compliqué. Lorsque je lui ai dit que je galérais pour trouver une salle, elle m’a demandé si j’avais été voir les salles du côté d’Eslourenties, le village où elle habite. 

Le lundi suivant j’appelais la mairie, le mercredi, je visitais une salle et le jeudi, le maire me donnait un accord de principe pour la mise en place de ces cours.

Le cadre est sublime : c’est la maison de la pêche d’Eslourenties. Un endroit calme, isolé, sur les berges d’un lac – celui du Gabas, dans une salle, propre et agréable, spacieuse sans être trop grande. Avec des grandes fenêtres avec vue sur le lac. Il y a même une petite cuisine : le maire me disait que ça pourrait être pratique pour les repas de fin d’année.

Samedi dernier, avec mes enfants, nous sommes retournés nous promener dans le coin. L’occasion de prendre quelques photos pour présenter ce lieu sur le site web. J’en ai parlé à mon amie Jalan Jagat eli car j’avais en tête une illustration de Tapis Volants que j’aurais bien aimé reprendre pour la réalisation d’un flyer. Et avec sa générosité, elle m’a même fait un dessin spécial pour l’occasion.

Et puis aussi, Ariane, la maman du copain de Maxence, m’a proposé son aide pour tout un tas de choses : d’abord pour proposer une découverte du yoga des yeux, quelques minutes à chaque séance ou bien une séance de temps en temps, suivant le souhait des participants, aussi pour distribuer des flyers, pour en parler autour d’elle… Ce qui permet de se dire que l’on est pas toute seule pour tout gérer et tout organiser. 

Alors, on essaye de mettre en place cela. D’ailleurs, on a fait un petit formulaire pour recueillir vos avis sur ce cours, si vous êtes du coin et que cela vous intéresse :

Surfer entre le réel et le virtuel

Alors, me revoici dans la préparation de ma rentrée.

Un peu en retard.  Avec mille et une choses à préparer : des flyers à distribuer, des cartes de cours à préparer, des anciens élèves à contacter, des nouveaux élèves à attirer, des inscriptions à prendre, des renseignements à donner…

Bref, c’est un peu le bazar et ça va drôlement vite… mais c’est aussi chouette de sentir toute cette excitation, d’avoir – sans trop réfléchir – lancer juste une petite impulsion à donner et de se laisser porter par le mouvement.

Il y a bien eu des moments où je me suis dit que ça allait faire trop à gérer ou bien qu’il faudrait faire un choix entre le présentiel et le distanciel.

Lundi soir, je donnais cours (en ligne) en même temps à trois élèves : l’une dans un pays voisin, l’autre dans un village voisin, la troisième dans une région voisine.

C’était chouette !

Tout compte fait, c’est tout aussi convivial et intime de donner cours à trois personnes en lignes qu’à une vingtaine dans une salle.  

C’est tout de même incroyable d’avoir la possibilité de faire cohabiter ces deux mondes.

De prendre le meilleur de chacun d’entre eux : le cocon de son chez-soi ou l’ambiance d’une salle de yoga ; la tranquillité de son domicile ou les discussions autour des tapis.  

Et d’apprendre des défis auxquels ils me confrontent : la timidité à surpasser, la connexion internet limitée (il n’y a pas encore la fibre ici…), sortir de chez soi quand c’est l’hiver pour aller ouvrir la salle…

Ces derniers temps, je me suis posée beaucoup de questions. Sur mes envies, sur ma façon d’être au monde, sur mes difficultés de communiquer et de trouver sa place – en ligne ou non.

Aussi, j’ai en ce moment l’envie de me laisser porter par le courant. 

Comme sur une vague.

De flux en reflux, au rythme des marées, celui de la Lune. 

Quitte à revenir sur mes décisions, à réévaluer certains choix, à fermer certaines portes, à ouvrir d’autres fenêtres…

Et puis aussi, aussi…

L’envie d’être de retour sur Instagram

Un orteil après l’autre. En espérant ne pas me faire entraîner par les flots. Ou peut-être que si ?

Pour écouter l’article :

Pour s’inscrire à la newsletter :